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Red de Investigadores sobre Identidades Nacionales

Michel Serres y la identidad nacional

1 comentario

Serres

María Rodríguez Almeida, que se incorporará en breve a la Red, nos envía el texto de esta interesante entrevista

En este audio sobre  el «Quid pro quo» el filósofo (post)estructuralista Michel Serres explica -al final, en negrita- su definición de “identidad nacional o colectiva” como una forma de substitución o de identidad robada o inventada. Según él,  sólo existe la identidad personal: la identidad nacional no es sino una usurpación de la primera, una mixtificación con fines políticos. No diferenciar entre “ser” y “pertenecer” sería una forma de error de lógica. Interesante punto de vista.

La conclusión a la que llega Serres en esta larga perífrasis coincide con la tesis de Todorov: el concepto de identidad nacional no corresponde a una realidad tangible, no puede ser aprehendido a través de la lógica ni de la racionalidad. Es un sentimiento, una predisposición, una preconcepción, que se queda en construcción ideológica cuando se la quiere retratar o reformular. No es posible definirla, ni congelarla, ni legislarla. Es un valor, una pasión, un fantasma: algo que se ha de manejar con muchísimo cuidado, como actúa el controlador aéreo un día de espesa niebla. Aviso a sordos profesionales y a usurpadores de toda índole, expertos manipuladores del “quid pro quod” y de las cegueras colectivas.

 

Le sens de l’info-émission du 11-05-2014

Michel Polacco: Bonjour Michel Serres !

Michel Serres: Bonjour !

M. Polacco: Michel Serres, la semaine dernière nous parlions du stockage des données, de la pérennité de l’écriture et de nos langages et vous nous disiez que la nature stocke mieux que les hommes. Cette semaine le « qui-pro-quo ». Pourquoi ce mot ? Et bien parce que justement il y a quelques jours nous en avons été tous les deux des victimes. Parlant ensemble de deux sujets différents sans nous en rendre compte. «Qui pro quo », c’est sur ce genre de situation que repose la meilleure intrigue, le théâtre, Molière, Voltaire, Marivaux et d’autres. Mais le qui pro quo peut être à l’origine aussi d’une catastrophe : Tenerife en 1977, 583 morts la pire catastrophe aérienne de l’Histoire parce qu’un mot mal compris a permis a un avion de pénétrer dans une piste en plein brouillard, là où décollait un autre Boeing 747. Mais bien moins graves, drôles ou problématiques, les qui pro quo existent dans la vie de couple, en politique, au travail, et c’est parfois difficile de démêler les choses ou parfois c’est trop tard. Alors Michel, qu’en dit l’Académie par votre voix ?

M. Serres: Voilà, j’avais 30 ans, j’enseignais à l’Université et je faisais pour fonction de préparer les étudiants à l’oral de l’agrégation de philosophie. Et je faisais ce cours-là le lundi matin à 10h 30 et j’occupais mon bureau dès 9 heures pour recevoir mes étudiants, et soudain, « toc-toc », et voilà une étudiante qui rentre, « Marianne, bonjour », elle s’assied, et je dis : « Qu’est-ce que je peux pour te rendre service ? » et Marianna me répond : « Ecoutez : c’est très simple Monsieur, je viens vous demander l’autorisation de faire l’amour avec vous lundi prochain à 10h et demie» . Alors je bredouille un peu, à ce moment là « toc-toc », « rentrez », Jacqueline rentre et je dis : « Tiens, vous tombez bien Jacqueline. Tenez Marianne, dites donc à Jacqueline ce que vous venez de dire ». Alors elle lève les bras au ciel, tout à fait en colère : « Mais qu’est-ce que j’ai dit d’extraordinaire ? J’ai dit simplement à Monsieur Serres que je voulais faire l’amour avec lui… ». Et devant la tête, évidemment, de Jacqueline tout d’un coup elle prend conscience de ce qu’elle venait de dire. Et c’était très simple : nous préparions, comme je venais de dire, les étudiants à l’oral de l’agrégation et on prenait le stock de sujets qui était paru l’année précédente, et là c’était le sujet « l’amour ». Et voilà. Et à ce propos je voudrais dire la cohérence du comique chez Hergé (Tintin). Parce qu’il y a des producteurs de qui pro quo et les meilleurs producteurs de qui pro quo premièrement sont les sourds. Bien entendu, Tournesol il est sourd. Quand on lui dit « Elle cueille des pâquerettes » il répond aussitôt « Mais quelle barquette ? ». Ou par exemple, on lui dit « Mais je vais vous expliquer » dit-on à Tournesol. Il dit « Mais, non ! Je n’ai piqué du tout ! »Voyez, le sourd est un producteur, une source ininterrompue de qui pro quo. Un mot pour un autre, une situation pour une autre ou une chose pour une autre, ce n’est pas un qui pro quo encore. Si j’ose dire, c’est un « quid pro quod », c’est-à-dire, une chose pour une autre, ou un mot pour un autre. Tandis que le qui pro quo c’est une personne pour une autre. Le producteur majeur de qui pro quo c’est le jumeau. Et je vais vous raconter une deuxième histoire de ma jeunesse, c’est-à-dire, à l’Ecole Navale où l’on préparait à la fois l’astronomie et la conduite à la mer, un jour quand on était un petit groupe, vous voyez, un ami dit à son ami : « Je suis amoureux d’une fille. Dimanche prochain je sortirai, mais un jumeau viendra me remplacer. Tu lui feras les quelques nautiques, tu lui feras …etc ». Bien entendu le copain lui fait tout à fait ça et à la fin de la semaine il lui dit « Tu sais, j’ai beaucoup rendu service à ton jumeau » «Non, pas du tout », lui dit l’autre, « c’était moi mais je voulais me reposer pendant une semaine ». Et, alors, on voit bien là comment les jumeaux là, et même si vous interrogez des jumeaux, comme des fois on entend dire les jumeaux, « C’est toi ou c’est l’autre ? » et le jumeau répond aussitôt : « Ce n’est pas moi, c’est l’autre », vous voyez ? Alors, voilà cela pose la vraie question et la question est posée par Martin Guerre. Le fameux film de Martin Guerre c’est une histoire qui date du XVIIème siècle, qui a déjà été racontée par Leibnitz, et Martin Guerre part à la guerre, deux ans, trois ans, dix ans, etc. Il revient chez lui, il retrouve sa femme, il retrouve ses enfants, il retrouve sa terre, il retrouve son travail. Mais ce n’est pas lui, c’est-à-dire, c’est un ami qui a été témoin de la mort de Martin Guerre…

M. Polacco: c’est un usurpateur

M. Serres: …et qui lui prend ses affaires…

M. Polacco: sa famille, sa vie…

M. Serres: Et alors ça pose une question profonde. Alors là, vraiment, le qui pro quo, la personne pour une autre, c’est l’identité. C’est-à-dire, je suis moi, je suis « je », je sais qui je suis, mais toi tu peux te tromper sur qui je suis. Je suis moi pour moi-même, mais pour autrui… ? C’est pour ça qu’il y a une différence fondamentale entre l’identité et l’appartenance. On ne peut pas dire « je suis français ». On dit « j’appartiens à la population qui habite la France ou qui parle la langue française ». On ne peut pas dire « je suis juif, je suis catholique…etc ». Mais non : « j’appartiens à la communauté qui pratique la religion juive, catholique, protestante… ». Je ne peux pas dire « je suis agenais ». Pas du tout : « j’appartiens à la population qui est né à … » Ma carte d’identité est peuplée d’appartenances. Donc, dire qu’il y a une différence, qu’on puisse dire « identité » quand on dit « identité nationale » ou « identité française » c’est une erreur logique. Il n’y a d’identité que la personne. Vous savez, en logique vous savez écrire le signe égal : deux petits traits…

M. Polacco: Absolument

M. Serres: Le signe identique c’est trois petits traits, A identique à A. L’appartenance c’est A et puis un petit epsilon (ε) comme un euro, vous savez ? A appartient à l’ensemble. Et par conséquent dans ma carte d’identité il n’y a que des appartenances. On ne peut pas dire « identité collective » voyez ce que je veux dire ? Et ça c’est une erreur logique. Mais, écoutez, tout simplement, des erreurs logiques nous en faisons tous les jours, mais c’est peut-être aussi une faute grave, parce que précisément le racisme c’est la confusion entre l’identité et l’appartenance. On va dire « tu es africain » « mais non, je ne suis pas africain, je suis, tiens, Papa Gallo, mais j’appartiens simplement aux gens qui sont nés sur le territoire de ce Continent ». Voyez donc (ne pas) faire la différence réelle entre identité et appartenance c’est une faute logique qui peut entraîner très loin, vous voyez…

M. Polacco: et là on n’est plus dans les…

M. Serres: …aux conséquences très graves. A ce moment là, c’est presque aussi catastrophique que votre accident d’avion à un certain moment ou…d’ailleurs, pour parler d’accident d’avion, vous savez qu’un jour, on fait beaucoup l’éloge de l’anglais, et un jour la tour de contrôle avait dit « turn left, right now ».

M. Polacco: oui, tournez à gauche tout de suite

M. Serres: oui, mais il n’y a qu’un seul truc au monde où on dit « right now » pour dire « maintenant ». Et comme la radio n’a pas entendu « left » il a tourné à droite et ça a été une catastrophe, vous voyez ? Donc, là le qui pro quo peut , en effet, je me résume, être à la fois la source étrange et pérenne du comique mais aussi entraîner à des catastrophes graves comme le racisme dans « l’identité française » ou « l’identité collective », ou des catastrophes, tout ça vous l’avez dit.

M. Polacco: Michel Serres, merci. Vous pouvez réécouter cette chronique et vous abonner à notre podcast sur franceinfo.fr rubrique « Le sens de l’info ». Au revoir et à dimanche prochain.

 

Audio:

http://www.franceinfo.fr/emission/le-sens-de-l-info/2013-2014/le-quiproquo-05-11-2014-17-45

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Un pensamiento en “Michel Serres y la identidad nacional

  1. Amigo, he leído la entrevista y no me gustó. Creo que, en el fondo, el que ha sido estructuralista muere estructuralista, es decir, que no tiene remedio. Ese señor no conoce la evolución histórica, y tampoco le interesa por lo que parece. En lugar de hablar del accidente (terrible) de los Rodeos, también pudo hablar de los millones de soldados franceses que murieron en las dos guerras mundiales, en un período de pocos años, y en nombre de una identidad colectiva que no servirá para mucho, pero sí ha servido, a lo largo de los siglos, para matarse unos a otros. Me da igual que sea religiosa, nacional o lo que sea, pero ese fantasma existe y atraviesa nuestra historia, sembrando de cadáveres el camino, desde la jodida “nuit des temps”.

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